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En finir avec la peur du silence

“C’est trop calme. j’aime pas trop beaucoup ça. J’préfère quand c’est un peu trop plus moins calme.” Numérobis dans Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre. Ah le silence … Une simple “absence de bruits” qui paradoxalement se révèlent être une grande source de stress. En particulier, lorsque l’on prend la parole. (À ce stade, on pourrait même parler d’une phobie collective). À croire que les films d’horreurs nous ont programmés pour nous méfier de chaque moment de silence ! À tel point qu’aujourd’hui, on les condamne presque sous toutes leurs formes. On a peur du silence de l’auditoire, peur de faire un silence entre deux phrases, peur de ce que ces silences pourraient dire, etc. Pourtant, un silence n’est pas toujours un oiseau de mauvais augure. Au contraire ! Le silence est un cadeau. Et aujourd’hui, dans ce Zeconseil on vous explique pourquoi.

 

Le paradoxe de la peur du silence

Quand on a peur du silence, c’est souvent parce que l’on considère que celui-ci est synonyme de malaise et d’inconfort. D’une part, pour l’auditoire : comme la résultante d’une blague qui aurait fait un flop dans un stand up comique. D’autre part, pour l’orateur : car se retrouver face à des gens qui vous regardent en silence, ça a bien de quoi alimenter un ou deux cauchemars. Et puis, s’il y a un silence, cela veut dire que l’on s’ennuie, non ?

On va donc avoir tendance à tout faire pour éviter que celui-ci ne s’installe. On va parler vite, enchaîner les phrases et les sujets, meubler, voire même expédier ce que l’on doit raconter. Et cela peut même aller jusqu’à oublier de respirer ! (Alors que jusqu’à preuve du contraire, respirer c’est quand même plutôt utile au quotidien). En bref, tout ce qu’il est possible de faire pour maintenir un rythme soutenu afin d’étouffer dans l’œuf toute possibilité de silence. 

Le souci quand on adopte ce genre de réflexes, c’est que le malaise que l’on souhaitait éviter, on finit paradoxalement par le créer nous-même.

Avoir peur du silence c’est se risquer à faire pire que mieux.

Déjà, parce que l’on vous identifiera comme un orateur peu à l’aise en situation de stress. (Car ce genre de comportements sont très souvent symptomatiques d’un stress de fuite et pointés du doigt très facilement). Et d’autre part, parce que cela vous rendra difficile à comprendre. Et oui, plus une personne parle vite, plus il est difficile de raccrocher les wagons entre ce qui a été dit avant et ce qui arrive. Encore plus, lorsque que l’on est submergé par une multitude d’informations ! 

Pour s’auto-diagnostiquer dans sa gestion du silence, il existe un exercice aussi désagréable qu’efficace : enregistrez-vous et écoutez-vous. Vous verrez, si vous avez pris certaines mauvaises habitudes au fil du temps vous les détecterez tout de suite ! 

 

Les silences : un super-pouvoir pour l’orateur, une chance pour votre auditoire

 

Il est donc indispensable de commencer à désamorcer nos croyances sur le silence. 

Le silence est une bonne nouvelle

Si vous vous arrêtez de parler et qu’il n’y a pas un bruit dans la salle, c’est plutôt une bonne nouvelle ! Cela veut probablement dire que les gens en face de vous, vous écoutent. Le véritable cauchemar serait de découvrir une horde de personnes en train de discuter avec leurs voisins. 

Une perception différente du temps

Il existe une véritable dissonance concernant l’appréciation d’un silence entre orateur et public. Il y a un exercice très simple à faire pour s’en rendre compte. Demandez à un orateur de marquer un temps de 4 secondes lors d’une prise de parole. Dans la majorité des cas, après coup, l’orateur vous dira que ces 4 secondes lui auront semblé une éternité. Pourtant côté public, il y a fort à parier que personne n’aura rien remarqué. Pourquoi ? Parce qu’un silence au final c’est naturel ! On en marque au quotidien lors de nos discussions. Mieux encore, c’est généralement positivement perçu car cela permet à votre auditoire de rattacher les informations les unes entre elles.

Le silence, l’allié du rythme

Contrairement à ce que l’on pourrait croire : marquer un silence est aussi une très bonne technique pour rythmer une prise de parole. Plutôt que de maintenir un rythme effréné, (tout aussi fatiguant pour un auditoire qu’un rythme monotone), un silence permet de définir un véritable tempo. C’est d’ailleurs une technique très utilisée par les humoristes pour rythmer leurs sketchs et vous donner envie d’écouter jusqu’au bout. Vous êtes sceptiques ? On vous laisse découvrir ici le sketch de Paul Mirabel qui en est la plus belle démonstration. 

Le silence ancre les messages

Le silence est aussi un très bon moyen pour renforcer l’impact de vos discours. En effet, si tout est dit d’une traite il est difficile d’identifier parmi toutes les informations celle qui était la plus importante. Car aucun moment n’est marqué, ni mis en valeur. Marquer un silence après un élément de narration sur lequel vous souhaitez insister est la meilleure manière pour le faire se détacher du reste. Parfois le meilleur moyen de mettre en valeur un élément, c’est de lui accorder un temps de silence. . Besoin d’une démonstration du duo silence / impact ? Retrouvez ici Mr Barack Obama pour une leçon. 

Prendre soin de son public, c’est prendre le temps de s’occuper d’eux

Marquer un silence, c’est l’opportunité d’être vraiment présent pour son auditoire. Le risque quand on enchaîne tout son discours en mode TGV ? Donner l’impression que vous vous êtes lancé dans un monologue descendant. Et donc que si les gens n’étaient pas en face de vous, cela ne changerait pas grand chose. (Pas terrible quand on essaie de motiver ou d’embarquer des gens, vous en conviendrez !) Alors qu’à l’inverse marquer un silence, vous permet de poser les bases d’une relation à double sens. En effet, une pause vous permet d’écouter, d’observer et d’ajuster votre discours en fonction de ce qui est en train de se passer devant vous. Il n’y a pas de secret ! Si vous voulez que votre auditoire se sente concerné par ce que vous racontez, il faudra d’abord montrer que leur présence a de l’importance. 

Un silence, c’est aussi une pause bien méritée et précieuse pour l’orateur

Un silence c’est aussi très précieux quand on sent que la parole commence à dépasser le fil de sa pensée ! C’est un temps de pause qui vous permet de préparer mentalement la suite de votre discours. Même chose si on vous pose une question hostile. Personne ne vous en voudra de prendre quelques secondes pour organiser votre pensée. Par contre, à contrario on pourra vous reprocher de vous être lancé tête baissée dans une réponse mal adaptée …

 

Vous l’aurez compris, le silence, comme le dit l’adage “est d’or”. Il permet d’exprimer beaucoup plus de choses que la parole elle-même et de rompre la monotonie de celle-ci.  En plus, il montre que vous prenez soin de votre auditoire et que vous avez à cœur la compréhension de ce que vous êtes en train de raconter. Alors, il est grand temps de transformer cette crainte en une force ! Le plus dur étant de se lancer, on vous propose un petit challenge. C’est quand la prochaine prise de parole où vous accepterez que ce ne soit pas  “un peu plus moins calme” ?

 

A propos de cecilechuffart

Cécile s'est initiée au storytelling au sein de grandes maisons de luxe. Animée par l'envie de défendre les idées et ceux qui en sont à l'origine, c'est bien de fils (narratifs) en aiguille qu'elle décide de rejoindre ZEPRESENTERS, avec un seul objectif en tête : tisser des histoires fortes pour rendre chaque idée désirable !