Comment défendre un projet auquel on ne croit pas ?

Comment défendre un projet auquel on ne croit pas ?

Vous est-il déjà arrivé de devoir défendre un projet auquel vous ne croyiez pas ? Ou de devoir transmettre un message qui sonnait faux à vos oreilles ? Ou peut-être encore de relayer une décision que vous ne compreniez pas ? Eh bien, que vous cochiez une, deux ou les trois cases : BINGO !

Vous savez mieux que personne à quel point il s’agit d’une situation peu envieuse. Déjà loin d’être motivante, cela peut même dans certains cas relever du cas de conscience. En effet, si je n’y crois pas, est-ce que cela veut dire que je dois mentir ? Et même si je mens, est-ce que le jeu en vaut vraiment la chandelle ? Car oui, en bout de course l’obstacle reste le même : difficile d’être convaincant quand on n’est pas convaincu !

Donc si on résume l’équation, cela fait beaucoup d’efforts, beaucoup plus de prises de tête pour un résultat … quasiment nul. Voire négatif ! Car un message qui ne passe pas c’est une chose, mais quand cela arrive on a tendance à accuser le messager plutôt que le message en lui-même.

Alors dans le Zeconseil de cette semaine, pour minimiser au maximum les nœuds au cerveau on vous livre les 3 préceptes de notre guide de survie. Edition spéciale : “J’ai jamais signé pour faire Koh(rateur)-Lanta, on ne m’a juste pas laissé le choix !”.

Réflexe de survie n°1 : Partez à la recherche d’une source d’information

Quand on se retrouve à devoir évoluer dans un environnement que l’on ne connaît pas ou mal avec un équipement douteux, une ressource devient rapidement essentielle : l’information. La bonne nouvelle, lorsque l’on est on est catapulté en milieu hostile, c’est que l’on y va rarement de son plein gré ! Ce qui veut dire qu’il y a 95% de chances que le commanditaire de votre aventure ait des informations utiles à vous partager.

Il est donc fortement recommandé de prendre le temps de demander plus de précisions à la personne qui vous confie cette tâche. Voire si besoin de contacter d’autres personnes pour récupérer le maximum d’informations pour que vous puissiez vous appuyer dessus.

N’hésitez pas à demander par exemple : “Pourquoi est-il indispensable de parler de ce projet ?”, “En quoi consiste le projet, l’idée ou la stratégie ?”, “Comment est-ce qu’eux choisiraient d’aborder le sujet ?”, “Que souhaite-t-on provoquer grâce à cette prise de parole ?”, “Qu’est-ce que l’on veut que le public retienne ?” etc. En gros, demandez à votre commanditaire de vous convaincre du projet pour que vous puissiez à votre tour le faire.

Bien que logique, cette règle de survie souvent sous-estimée vous permet de maximiser vos chances de réussite. Tout d’abord, vous n’êtes pas à l’abri de récupérer des informations cruciales qui vous permettront de compléter votre compréhension du projet. Mais aussi, il est possible que grâce à cette démarche vous puissiez contourner la difficulté !

En effet, en réaffirmant l’objectif final recherché par votre intervention, vous pourriez penser à des moyens alternatifs qui ne nécessitent pas de vous mettre dans une posture délicate pour y arriver. (Exemple : Plutôt que de faire une présentation de 25 minutes sur l’importance du travail en équipe, faire vivre directement aux collaborateurs une expérience qui nécessite de travailler collectivement.).

De plus vous avez tout à y gagner, quel que soit le résultat final. Car plus vous posez de questions, plus il sera difficile de vous reprocher de ne pas avoir suffisamment essayé de vous approprier le sujet. CQFD.

Réflexe de survie n°2 : Trouvez le nord grâce à votre boussole interne

On l’a dit plus haut, l’obstacle majeur que vous rencontrez dans cette situation est qu’il est difficile d’être convaincant quand on n’est pas convaincu. Ce qui veut dire que si les informations données par votre commanditaire ne vous suffisent pas, et bien … Il va falloir se retrousser les manches ! Parce qu’au final dans tous les cas, c’est vous qui allez-vous retrouver au front. Deux choix s’offrent donc à vous.

Choix n°1 : Vous choisissez de vous mentir à vous même

.C’est-à -dire de présenter le projet, comme cela a été prévu par la personne qui a construit le PPT / le script à l’origine même si cela ne fait pas sens pour vous. (“Bon chance Mister Bond”). C’est la solution gain de temps (et encore). Mais vous aurez compris que nous ne la recommandons AB-SO-LU-MENT pas.

Car à moins d’être un excellent acteur ou une excellente actrice cela risque de se retourner contre vous. Dites-vous bien que les audiences ne sont pas dupes. Et si le public vous démasque vous êtes bons pour une série de questions corsées voire hostiles pour vous pousser dans vos retranchements.

Choix n°2 : Trouvez ce qui fait sens pour vous là-dedans et accrochez-vous-y comme une moule à son rocher

Par exemple, vous n’êtes pas aligné avec la raison qui a déclenché le projet mais vous y trouvez un autre intérêt ? Parlez plutôt de ça. Difficile de rattacher le projet à la stratégie globale de la société parce que c’est trop haut ou trop abstrait ? Rattachez-le plutôt à une problématique de votre quotidien que vous connaissez bien.

Tant que cela sert l’objectif final sur lequel vous vous êtes aligné avec le commanditaire auparavant, dites-vous que la porte d’entrée que vous choisissez importe peu !

Grâce à cette dernière technique, plus besoin de vendre son âme pour être efficace ! Vous pouvez avoir le même impact sans compromettre vos principes voire mettre en avant vos idées. Et il n’y a pas de secret : Plus cela fera sens pour vous, plus cela fera sens pour votre audience.

Et il devient alors plus difficile de remettre en question votre projet. (Même si on peut toujours vous attaquer sur la technique, si le “pourquoi on fait ça” est solide, vous déplacez le débat sur le comment plutôt que sur l’essence même du projet. Ce qui est un peu plus facile à gérer). Vous vous rendez donc autant service à vous qu’à votre audience.

Réflexe de survie n°3 : Transformer les ressources inutilisables en l’état en équipement utile

Sachant que la mission qui vous est confiée n’est pas simple, imaginez que l’on vous offre un sac rempli de ressources pour faciliter votre périple. Plutôt attentionné non ? Imaginez maintenant, que vous ouvriez le sac pour vous rendre compte que la moitié de ces ressources ne vous sont pas utiles voire pire qu’elles risquent de vous rendre la tâche plus difficile. (Mais pourquoi j’ai un parpaing dans mon sac moi ?).

C’est tout de suite moins sympa comme cadeau ! Surtout que le sac est souvent équipé d’un joli mot vous demandant de “TOUT utiliser pendant votre aventure ». A ce stade, une question se pose légitimement : est-ce que l’on essaye de m’aider ou bien de me mettre des bâtons dans les roues ?

Quand on doit prendre la parole pour défendre un projet auquel on ne croit pas, c’est souvent l’effet provoqué par des contenus (PPT, plaquette commerciale, slogan etc.) que l’on nous confie. Oui, sur le papier ça semble utile, mais en réalité c’est bourré d’éléments de langage qui parfois nous rendent la tâche encore plus complexe.

Attention dans ce cas de figure, il est important de bien faire la différence entre élément de langage et élément de narration. Un élément de langage c’est un choix stratégique de communication qui a été fait.

Par exemple : un slogan, la raison d’être d’une entreprise peuvent être des éléments de langage. (“Venez comme vous êtes !” ou encore “On peut tout construire ensemble, même l’avenir.” sont des éléments de langage. Le premier est un slogan pour McDonald’s, le second pour Leroy Merlin.). Si c’est efficace sur le papier, on peut avoir l’impression que cela sonne faux quand on les dit à l’oral.

Attention, ce n’est pas parce que fondamentalement ce n’est pas vrai ! Mais c’est tout simplement parce que ce ne sont pas nos mots à nous. Ce sont ceux de l’entreprise. Difficile alors de se sentir crédible quand on a l’impression que l’on n’aurait jamais dit ça dans notre vie de tous les jours. Si vous voulez vous en sortir, votre boulot en tant qu’orateur c’est de transformer ces éléments de langage en éléments de narration. C’est-à-dire d’utiliser ces éléments de langage pour qu’ils servent votre histoire à vous.

Posez-vous la question : “Cet élément de langage ça veut dire quoi pour moi ? Rapporté à mon métier, à nos problématiques, à ce projet etc.”. Et raconter plutôt cette réponse ! (Par exemple : Quand je suis chef de projet supply chez Leroy Merlin, ça implique quoi pour moi qu’on fasse une telle promesse à nos clients ?).

En faisant des éléments de langage, des éléments de narration, vous remettrez du “je”, du concret, du sens à certaines notions qui parfois peuvent vous sembler loin de votre réalité / personnalité. Et donc, in fine, cela sera plus simple et confortable à défendre. Voire beaucoup plus parlant pour votre audience !

 

En conclusion, vous l’aurez compris devoir présenter un projet auquel on ne croit pas est loin d’être un parcours de santé

Et au fond, à moins de réussir à se soustraire à l’exercice (ce que l’on vous souhaite), vous seul êtes en capacité de vraiment vous faciliter la tâche. Mais c’est possible !

Alors mettez toutes les chances de votre côté. Qui plus est paradoxalement, votre situation pourrait d’ailleurs devenir une source de force. En effet, qui mieux que vous pour anticiper les résistances de votre auditoire face au projet et essayer d’y apporter une réponse ?

(Et hop, à vous le totem d’orateur leader !)

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A propos de cecilechuffart

Cécile s'est initiée au storytelling au sein de grandes maisons de luxe. Animée par l'envie de défendre les idées et ceux qui en sont à l'origine, c'est bien de fils (narratifs) en aiguille qu'elle décide de rejoindre ZEPRESENTERS, avec un seul objectif en tête : tisser des histoires fortes pour rendre chaque idée désirable !

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